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Nom de code : Phoenix

21 octobre 2010

Bien sûr, j’avais entendu parler du réacteur nucléaire, de la sonde d’exploration intergalactique ou de l’opération militaire au Vietnam. Évidemment, je connaissais  la capitale de l’état d’Arizona, les acteurs Joaquin et River ou encore les maisons individuelles dont les radios ont tant martelé la publicité ; mais voilà, je dois bien l’avouer, j’ignorais tout de l’opération Phénix de Serge Villepelet, Président de PricewaterhouseCoopers.

Par cette action mise en œuvre au printemps 2007, le « patron qui aime les littéraires » entend démontrer que ces derniers peuvent s’épanouir en entreprise. Je le cite: « Ils ont un regard et un horizon d’attente différents et nous permettent ainsi d’enrichir les solutions qu’au sein de l’entreprise nous proposons à nos clients (…) Le défi est immense. Nous voulons que la France soit un pays où avoir lu Kant soit perçu comme un gage d’esprit critique, un pays où avoir étudié l’histoire soit un atout pour comprendre les techniques de management et pour s’adapter à son environnement. Une révolution culturelle est en marche : les entreprises comme les universités sont aujourd’hui de plus en plus ouvertes à ce rapprochement même si nous n’en sommes qu’aux prémices ».

Le projet a fait son chemin et rassemble aujourd’hui une dizaine d’employeurs  parmi lesquels Axa, Coca-Cola, Danone, Eiffage, HSBC, Marine Nationale, L’Oréal, PricewaterhouseCoopers, Renault, Société Générale et dix universités partenaires. Il permet aux diplômés des Masters 2 Recherche en Lettres et Sciences humaines de postuler dans ces entreprises pour des postes en CDI au niveau cadre et de suivre au moment de leur intégration une formation en alternance à la vie de l’entreprise.

Cette démarche peut paraître dérisoire, au regard du nombre de candidats concernés – une centaine de recrutements en quatre ans – , mais je trouve l’idée intéressante, généreuse et pourquoi pas contagieuse : ainsi, j’ai appris par exemple que le programme Postgraduate de Management de l’IFM, habituellement plus enclin à accueillir des diplômés d’écoles de commerce, était depuis peu accessible aux universitaires diplômés en Lettres et en Sciences humaines, entre autres.

Le projet Phénix porte en lui les germes d’une évolution des mentalités et, bien que l’on puisse nourrir quelques doutes quant à sa capacité à peser sur une réforme des programmes de formation universitaire, il a au moins le mérite de favoriser une plus grande mixité des profils dans l’entreprise et de changer le regard de ses cadres recruteurs, si souvent exclusivement avides de compétences scientifiques et commerciales.

J’ai su tout récemment que l’on avait donné le nom de Phénix à la nacelle chargée de ramener à la surface les trente-trois mineurs chiliens piégés à plus de 600 mètres sous terre. Difficile de ne pas faire de parallèle avec notre opération et de ne pas repenser, un brin lyrique, à cette histoire de volatile aux ailes pourpres, qui renaît sans cesse de ses cendres et incarne l’immortalité, l’âme et l’esprit de la lumière.

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