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Origamis

9 mai 2010

Lors d’un précédent billet, j’avais déploré l’absence de lyrisme du nuage informatique, celui dont s’était entichée la presse du moment et qui menaçait  sérieusement de ravir la vedette au nuage de Polonius ou à ceux que contemplaient les angelots de Raphaël… C’était sans compter avec l’irruption d’un concurrent de taille : je veux parler du fameux nuage de cendres venu d’Islande.

Que ce nuage me plait !… Je le trouve d’une insolence ravigotante. Pendant
quelques jours, il a nargué la terre entière, nous faisant reconsidérer notre position sur la nécessité inéluctable du court terme en toute chose. La presse s’est emparée du phénomène en y consacrant de longues envolées philosophiques. On a reparlé d’éthique de production, de slow food, de qualité de fabrication, de circuits plus longs… Une pause bienvenue dans notre course contre la montre. Nous avons soudainement et unanimement pris conscience de notre taille si dérisoire dans le vaste univers et nous nous sommes amusés de l’ironie de la situation. Punis (délestés de quelques centaines de millions d’euros), nous nous sommes dit que nous venions de prendre une sacrée bonne leçon et… nous sommes repartis, bille en tête, rattrapant le temps perdu et reprenant notre place dans la course. Disparu le nuage, balayées ses cendres menaçantes, tout ce petit monde faisait désormais route vers l’Arctique, enfin on ne sait où exactement, mais en tout cas suffisamment loin pour se faire oublier définitivement.

Et puis soudain, le voici à nouveau, en pleine forme ! Il revient nous provoquer une fois encore entraînant sur sa trajectoire la cohorte de déboires que nous venions de subir avec tant d’abnégation et de sagesse. Nos avions sont à nouveau cloués au sol, origamis dépités attendant le souffle de brise salvateur. La presse évoque  bien sûr le sujet mais de manière plus expéditive cette fois, se contentant d’égrainer la liste des fermetures et réouvertures de nos aéroports et faisant d’hypothétiques calculs sur la direction des vents, sans trop s’émouvoir. En fait, j’exagère un peu car j’ai bien cru déceler un zeste d’anxiété dans les propos d’un journaliste qui redoutait une possible paralysie des vols sur la Côte d’Azur à l’approche du Festival de Cannes où de nombreuses personnalités du monde entier sont attendues.

Qu’il se rassure. D’ici à mercredi, ses congénères auront sûrement élaboré la solution, du type épuisette de confinement géante, qui permettra de bloquer une fois pour toutes la progression de l’effronté nuage…

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