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Thriller

9 décembre 2009

« Recherche Cost killer H/F, Poste basé à Paris, Contrat : CDI  Descriptif du poste : Vous devrez proposer, mettre en œuvre et suivre un programme de réduction des charges (…) vous réaliserez un audit des centres de coûts du groupe, analyserez leur performance, proposerez des plans ou actions correctrices (…) Vous devrez améliorer les différents process de fonctionnement du siège afin d’optimiser les coûts. Doté d’une autonomie forte, ce poste requiert des capacités de négociation et de conviction (…) »

C’est la troisième fois en quelques mois que je tombe en arrêt sur cette offre.

Alors que dans ma tête s’enchaînent pêle-mêle les visions d’Harvey Keitel réajustant son noeud pap dans Pulp fiction, des personnages embusqués dans la forêt des Chasses du comte Zaroff, de Dark Vador ou encore du chignon serré d’Anthony Perkins dans son rocking chair, je réfléchis…Je me demande si le libellé « Cost killer » – en bon français, tueur de coûts – va vraiment figurer sur la carte de visite de l’heureux élu ; j’imagine encore le moment délicat où la progéniture du tueur indiquera la profession des parents sur la fiche d’identité remise à l’instituteur…

On l’aura compris, je me suis sentie interpellée par cette nouveauté taxinomique qui en dit long sur l’orientation que prennent certains métiers dans notre société. Il me semble qu’en d’autres temps, pas si anciens, le job décrit plus haut était  tout simplement l’une des missions classiques du contrôleur de gestion. Soucieux d’être efficace et d’apporter sa contribution à la performance de l’entreprise, on lui demandait de mettre en œuvre ses qualités de curiosité, de méthode, de rigueur, ses compétences d’analyse et ses idées pour apporter des solutions innovantes aux problèmes qu’il avait identifiés.

Il n’est pas non plus absurde que  ce «métier» de  tueur puisse trouver sa place dans un paysage où les grandes entreprises ne font plus uniquement parler d’elles dans les rubriques  de nos journaux dédiées à l’activité économique, aux nouvelles technologies ou encore aux offres d’emploi, mais où celles-ci font dorénavant également la une de la presse pour des faits divers tragiques et inédits.

C’est ainsi que vont les choses; nous vivons dans un monde de brutes – cela nous le savions déjà – dans lequel, par dessus le marché, il nous faut désormais nous affubler de noms de guerre.

Mauvais scénario, piètres acteurs, mise en scène improbable, je me demande comment se finit ce film…

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